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Collection POESIE
Le silence pour obole
Recueil du poète Jaume Mesquida

Le silence pour obole, jaume mesquida

Tout leur fut arraché alors que l'avenir s'offrait à eux comme un beau fruit ouvert : la vie qu'ils portaient « tel un brin d'herbe entre les dents » ; l'espoir qu'ils partageaient aux champs ; Majorque, leur terre chérie, battue de vents marins . Et comme si ce scandale n'avait pas suffi à apaiser les haines, on a déposé sur leurs lèvres en guise de viatique pour le dernier voyage, une « obole de silence » : tel fut le destin de ces victimes innocentes d'une guerre atroce qui, du fond de leur sépulture désolée, tendent depuis des décennies leurs mains décharnées vers les vivants, implorant que leur martyre ne soit pas oublié ni leurs noms pour toujours effacés des mémoires.

Il fallait un homme de justice et de cour pour entendre cet appel ; il fallait un poète pour s'en faire l'écho. Jaume Mesquida a su être cet homme et ce poète : il a saisi au vol la rumeur sourde qui s'élevait des profondeurs et en a fait jaillir une voix, celle d'hommes simples, sauvagement réduits au « silence aride » de la mort, mais dont les noms sont désormais grâce à lui gravés sur les pierres des sentiers et dont le destin, par la parole transmise, peut enfin habiter le monde.

Jaume Mesquida, enfant de Manacor, rend ici un magnifique hommage à sa terre puisqu'il fait d'elle le lieu apaisé de la réconciliation possible entre tous les hommes, morts et vivants, qui y demeurent.

 

Florence Marcilhacy (traductrice)

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Je pense qu'en poésie, c'est faillir que de donner un moment de gloire à la parole sans qu'il soit question de sentiments. Être poète, c'est un peu plus que créer de la beauté, c'est une attitude devant la vie, c'est aussi essayer de trouver un compromis avec elle. Ecrire, c'est simplement survivre avec plus de dignité.

J'ai suivi cela au pied de la lettre en m'efforçant d'aller toujours plus loin. En tant que poète, je n'ai pas pu et je ne peux pas vivre dans un exil intérieur forcé, étranger à tout ce qui advient autour de moi. Encore moins à ce qui touche Manacor, la ville où je vis et à laquelle je me suis complètement identifié. Aussi, il est impensable que je me taise devant des faits horribles qui entachent encore son nom.

Une injustice qu'encore aujourd'hui l'on n'a pas réparée totalement, c'est-à-dire de l'unique façon de réparer une injustice : rétablir la dignité de ceux à qui elle a été niée depuis des décennies. Sans être blessé dans ma propre chair, je le suis en conscience et j'élève ma voix au nom de ceux qui furent obligés de garder le silence.

Au sens métaphorique, le silence est l'obole que l'immense majorité des citoyens de Manacor a placée dans la bouche des morts, victimes fusillés pendant la guerre civile à Son Coletes; l'obole pour ainsi leur faire traverser le fleuve qui les sépare du monde, juste comme celui qui sépare le souvenir de l'oubli infamant.

Obole de silence rend hommage aux morts assassinés pendant la guerre, et surtout à ceux qui n'ont pas eu un enterrement digne de ce nom.

Malgré plus de trente ans de démocratie, on n'a pas eu le courage ni la hardiesse de faire front avec humanité à ces actes dénigrants qui marquent la ville d'un stigmate d'opprobre. Si bien qu'aujourd'hui, contraints par la loi, celle de la Memoria historica, on commence seulement à faire quelques pas timides mais insuffisants. Des pas qui sont faits par respect de la loi et non avec le cœur sans lequel il manque le plus important : l'humanité.

Non seulement les morts n'ont pas obtenu réparation, mais leurs familles qui ont eu à supporter et qui supportent encore l'imposant silence et l'obligation de l'oubli le font dans des rues et des lieux qui encensent encore la mémoire des bourreaux.

Ce livre ne veut pas accuser qui que ce soit et n'est pas un livre de vengeance, mais, parole de poète, il prétend réparer l'offense faite à tous ceux qui sous la terre sont encore victimes de rancœur et de mépris dans l'indifférence générale. Contre tant d'insensibilité inhumaine et injuste, il oppose la parole, l'unique arme digne d'être employée pour combattre, avec le désir exprès de contribuer à un monde plus juste.

Personnellement, ce livre m'a permis de me libérer de mes fantasmes qui tout en pesant sur moi accusent ma « manacorinité ».

 

Jaume Mesquida (auteur)

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Le silence pour obole
Recueil
Jaume Mesquida

Format : 170 x 230
87 pages • 25 euros

Frais de port offerts


ISBN : 978-2-9534010-5-9

Paru au 2eme trimestre 2010